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Jean-Michel Jarre et l'origine de la musique électronique moderne

CC BY-NC-ND 4.0
Rodolfo Gonzalez

Synthèse et musique électronique : contexte et Jean-Michel Jarre

Lors de l’apparition des premiers synthétiseurs et d’autres instruments de musique électroniques dans les années 1960, un nouveau type de musique émergea, fusion de plusieurs genres (jazz, rock, classique, musique ethnique…), mais aussi avec ses propres caractéristiques. À ses débuts, il s’agissait d’une musique expérimentale, et des compositeurs et interprètes comme Vangelis, Walter Carlos, Isao Tomita et Jean-Michel Jarre firent leur apparition.

Jean-Michel Jarre est un compositeur et interprète français, né à Lyon en 1948. Son père est Maurice Jarre, compositeur reconnu de musiques de films tels que Docteur Jivago, Lawrence d’Arabie et Ghost.

La musique de Jean-Michel Jarre est aujourd’hui classée comme New Age, mais, par exemple, l’album Oxygène en 1977 atteignit la 3e place dans les classements de jazz aux États-Unis, et figura également dans le top 10 du rock. Jarre a déclaré que sa musique n’est pas du New Age, mais de la musique électronique. Jarre commente :

Le fait d’utiliser des instruments électroniques ne doit pas constituer une forme de justification quant à l’originalité ou à la valeur de ce que l’on fait. Nous utilisons simplement ces instruments parce qu’ils peuvent produire de nouveaux sons et certains sentiments que nous souhaitons exprimer. Le problème est que beaucoup de gens perçoivent la musique électronique comme quelque chose de robotisé et très froid, mais ce n’est en réalité pas le cas. En effet, Jean-Michel a combiné les instruments électroniques avec un orchestre traditionnel chinois (Fishing Junks at Sunset, l’une de ses mélodies les plus émouvantes) ; des orchestres de cordes et de cuivres, et des chœurs (Rendez-Vous II et d’autres) ; un ensemble arabe ; des chœurs et des percussionnistes africains ; et même avec les steel drums d’un groupe de calypso de Trinité-et-Tobago (The Amoco Renegades dans Calypso).

Jarre a étudié le piano et la guitare dès l’âge de 5 ans et, par la suite, l’harmonie, le contrepoint et la fugue au Conservatoire de Paris, obtenant sa licence ès lettres avec une thèse sur la littérature comparée : The Faust Of Literature and Music. Après avoir fait partie de plusieurs groupes de rock (inspirés par les Beatles) à Paris, en 1968 il rejoignit le Groupe de Recherches Musicales de Pierre Schaeffer, où il eut l’opportunité de travailler avec l’un des premiers synthétiseurs en Europe. Jarre quitta ce groupe trois ans plus tard et, en 1970, enregistra son premier album. L’année suivante, il devint le musicien le plus jeune à jouer en direct à l’Opéra de Paris, en interprétant une mélodie électronique appelée Lumière (Aor) qui servit de fond pour un ballet avec lequel le Palais Garnier fut réinauguré.

Concert

Après avoir créé son propre studio d’enregistrement, et composé et produit de la musique pour des films et pour plusieurs groupes de rock français, en 1976, après avoir signé avec une petite maison de disques indépendante parisienne, Disques Dreyfus, Jarre enregistra Oxygène, le premier de ses succès. Lancé à l’échelle mondiale par Polygram, il se vendit à 6 millions d’exemplaires (étant l’album le plus vendu en Europe) cette année-là ; remporta le Prix de l’Académie Française Charles Cros ; et Jarre fut nommé Homme de l’Année par le magazine People. À partir de cet album, Jarre forma une équipe avec Michel Geiss, musicien et concepteur de plusieurs des instruments électroniques utilisés par Jarre. Cette même année, il rencontra l’actrice française Charlotte Rampling, qu’il épousera en 1978.

Par la suite, en 1978, il enregistra Équinoxe, et le 14 juillet 1979 exécuta le Concert de la Place de la Concorde, à Paris, qui entra dans le Livre Guinness des Records Mondiaux pour avoir la plus grande affluence pour un concert (un million de personnes).

Jean-Michel Jarre réalise la majorité de ses concerts en plein air depuis lors, se servant du paysage et des bâtiments du lieu comme décor, et utilisant de nombreux effets audiovisuels : projections sur des écrans géants et des bâtiments ; vidéos ; lumières ; rayons laser ; feux d’artifice ; ainsi que des orchestres, des chœurs et des artistes du lieu où se déroule le concert.

En 1981, il lance Magnetic Fields (Les Chants Magnétiques), introduisant de nouvelles techniques (effets de stéréophonie, séparation d’écho et bruit blanc) et instruments (comme les synthétiseurs numériques Fairlight). Suite au succès de cet album, Jarre est nommé membre honoraire du Conservatoire de Musique de Pékin, et exécute en 1981 les cinq Concerts en Chine à Pékin et Shanghai, devenant l’un des premiers interprètes de musique contemporaine occidentale à donner un concert en République Populaire de Chine. Il obtint un succès que ni les Rolling Stones ni Pink Floyd n’avaient réussi à atteindre auparavant. Dans ces concerts apparaît pour la première fois la Harpe Laser, conçue par le Français Bernard Szajner. Cet instrument utilise des rayons laser de faible puissance à la place des cordes, qui sortent verticalement de sa base dans un plan. Chaque corde laser peut actuellement être programmée via MIDI, de manière à correspondre à une note de la gamme (ou à une transposition, etc.).

En 1983, Jarre entre à nouveau dans le Livre Guinness, édition française, pour la vente de l’unique exemplaire de l’album Musique pour Supermarchés, vendu 69 000 francs français, étant l’album le plus cher jamais vendu dans ce pays. Jarre enregistra cet album comme une façon de montrer son rejet et son dégoût envers l’industrie musicale. Cet album fut diffusé par Radio Luxembourg, et Jarre invita les gens à enregistrer librement la diffusion.

Après avoir enregistré Zoolook (novembre 1984) et Rendez-Vous (1986, dédié aux astronautes du Challenger, dont l’un, Ron McNair, aurait enregistré pour cet album la première mélodie depuis l’espace), ce dernier étant l’un des albums les plus réussis de Jarre, il exécuta les concerts Rendez-Vous Houston: A City in Concert (avril 1986, nouveau record dans le Livre Guinness avec une affluence de 1,3 millions de personnes) et Rendez-Vous Lyon : Concert for the Pope (octobre 1986, en hommage à la visite de Jean-Paul II à Lyon). Par la suite, il lance Révolutions (1988) et exécute les deux concerts Destination Docklands (1988) sur la Tamise, à Londres. Ces concerts furent impliqués dans de nombreux problèmes climatiques et des protestations de plusieurs organisations de riverains et, malgré la plus grande affluence payante pour un concert en Angleterre (200 000 personnes), ils occasionnèrent à Jarre une perte de 30 millions de livres sterling.

En 1990, Jarre enregistre Waiting for Cousteau (dédié à l’explorateur sous-marin français Jacques Cousteau), avec l’une des compositions les plus étranges réalisées par J-MJ : une pièce totalement ambiante de 46 minutes de durée. Cette année-là, il exécute le concert Paris La Défense - Une ville en Concert, avec une affluence de plus de 2 millions de spectateurs, ce qui fit entrer Jarre une nouvelle fois dans le Livre Guinness. L’année suivante, Jean-Michel vient au Mexique pour exécuter Teotihuacán : Concert for the Eclipse (11 juillet 1991), mais ce concert est malheureusement annulé au dernier moment.

En 1992, une partie de la cérémonie d’ouverture des jeux olympiques d’hiver d’Albertville, en France, est créée par Jarre. Cette année-là, il exécute les deux concerts Swatch the World Events (Suisse), et les trois Lost City Concerts en Afrique du Sud (commandés par une chaîne hôtelière), et l’année suivante commence une tournée européenne réussie de 15 concerts dans des stades et en plein air, Europe in Concert, après avoir lancé Chronologie (album dédié au livre A Brief History of Time de Stephen Hawking).

Jean-Michel a reçu plusieurs distinctions internationales, et en 1993 il en obtient une de plus, étant nommé Ambassadeur de Bonne Volonté pour la Tolérance et la Jeunesse de l’UNESCO. En 1994, après avoir donné un concert à Hong Kong, les Concerts pour la Tolérance commencent à être planifiés (le premier d’entre eux s’est tenu à la Tour Eiffel à Paris le 14 juillet 1995, avec une affluence de plus de 1,2 millions de spectateurs). Ces concerts se dérouleront dans des villes des cinq continents (entre autres, ils sont prévus à Lyon le 28 juin 1996, à Brasília et Beyrouth) durant 1995-1996 et seront parrainés par l’UNESCO dans le cadre des célébrations de l’Année de la Tolérance. De plus, un nouvel album (provisoirement intitulé Tolerance) sortira peut-être sur le marché fin décembre 1996, à l’occasion de cette tournée mondiale.

Durant la troisième semaine de janvier 1996, il fut annoncé que le Concert pour la Tolérance à Atlanta, Géorgie, États-Unis, avait été annulé.

1996 fut une année de faible activité ; il y eut beaucoup de rumeurs concernant la sortie de l’œuvre commémorative des 20 ans d’Oxygène, et les fans sur les listes de diffusion de JMJ sur Internet créèrent le Global Jarre Track : Jarreologie, sous la direction de Mirai. Un album de remixes de plusieurs de ses œuvres (Jarremix) parut également, poursuivant la longue chaîne de remixes techno, rave, house, etc., des œuvres de JMJ, qui avait commencé avec Chronologie.

Cependant, après de nombreux reports, c’est seulement le 17 février 1997 que fut lancé sur le marché, sous le label Sony/Epic pour sa distribution internationale, le nouvel album Oxygène 7-13, et une tournée mondiale de concerts en salle (!) est annoncée, chose que Jarre avait dit qu’il ne ferait jamais. Cette tournée débute en mai et se termine, dans sa première partie, en juin. Cette première partie de la tournée l’emmène dans divers endroits d’Europe, notamment en Allemagne, en Suède, aux Pays-Bas et en Belgique, entre autres pays. La deuxième partie de la tournée s’est déroulée en octobre, et comprenait diverses villes de France.

Dans ces concerts, Jarre utilisa des synthétiseurs analogiques et un style quelque peu techno, avec un éclairage basé sur des tubes néon, en plus d’utiliser un système novateur appelé Xpose, qui contrôle des projections sur des écrans vidéo via MIDI.

En clôture de cette année, Jarre participa à un mégaconcert devant l’Université d’État de Moscou, à l’occasion du 850e anniversaire de cette ville.


J’ai publié cet article à l’origine sur mon site dédié à Jean-Michel Jarre, vers 1995, mis à jour pour la dernière fois en 1997. Les fans se souviendront de ce qui s’est passé à cette époque.


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