Paola Hermosín
Il y a quelques jours, Paola Hermosín, une youtubeuse musicale que je suis, qui réalise des vidéos très intéressantes et joue très bien de la guitare, a publié cette vidéo sur une chanson très célèbre de Francis Cabrel, chanteur-compositeur français bien connu :
La vidéo raconte l’histoire de la chanson “Je l’aime à mourir” (“La quiero a morir”), publiée sur l’album “Les Chemins de traverse” (1979) de Cabrel, mais avec un rebondissement très curieux que j’ignorais, qui implique la diva mexicaine María Félix, un amour non réciproque, Verónica Castro, Paris et un poème.
La légende
Durant les années 1980 et 1990, l’artiste mexicaine Verónica Castro a présenté plusieurs émissions de variétés en soirée sur la chaîne 2 (devenue ensuite “Canal de las Estrellas”) de Televisa. Dans ces émissions, il y avait habituellement un chanteur célèbre comme invité pendant toute la diffusion. Le 27 novembre 1991, dans l’émission “La Movida”, elle a interviewé la légendaire María Félix.
L’histoire, racontée par Félix elle-même, dit qu’un de ses admirateurs, nommé Jean Cau, qui fut secrétaire de Jean-Paul Sartre, lui aurait écrit un poème ou une lettre lorsque son amour ne fut pas réciproque. Par la suite, Cau aurait vendu les droits de ce texte à Francis Cabrel, car il avait des problèmes économiques. Cabrel l’aurait ensuite utilisé comme base des paroles de “Je l’aime à mourir”.
Le lien français
Cette histoire se serait largement diffusée en Amérique hispanique. Pourtant, il n’existe pas de références francophones à ce sujet. Au contraire, la paternité des paroles est attribuée entièrement à Cabrel, avec quelques références indiquant qu’il se serait inspiré de sa femme.
Un retour sur le premier succès de Francis Cabrel, « Je l’aime à mourir », dédié à son épouse Mariette et extrait de son deuxième album « Les chemins de traverse ». […] dédié à son épouse Mariette, qui est devenu la déclaration de tous les amoureux qui la chantent en chœur.
— Je l’aime à mourir”, une déclaration d’amour enregistrée in extremis
« Je l’aime à mourir a été composée en une heure », se souvenait son auteur en janvier 1984 dans la revue Guitares et claviers. « Un ami est venu me voir l’après-midi et m’a montré une technique de picking inversé à la guitare. Il est parti et, vers neuf heures, je me suis amusé à pratiquer cette technique. À dix heures, j’avais déjà terminé la chanson. À ce moment-là, l’album était déjà terminé ; il comptait dix titres, mais comme il restait trois jours de studio, nous avons ajouté la chanson à la dernière minute. »
Je l’adore, elle m’est venue en seulement quelques heures. C’était un après-midi. Je vivais déjà à Paris, parce qu’on m’avait dit que je vivais trop loin du centre de l’action. J’étais donc dans un appartement parisien, et des amis guitaristes de province sont arrivés. Je travaillais la guitare avec la méthode de Dadi. Marcel Dadi avait publié une méthode pour ceux qui ne savent pas lire la musique. Ça s’appelait la tablature. Et j’étais là, ting diguidin diguidin diguidin. Je faisais ma meilleure imitation de Marcel Dadi. Je jouais un accord en arpège, et mon ami guitariste m’a dit : “Tu sais que tu peux aussi inverser cet arpège.” Et soudain, ça a commencé [chant]. [Rires]. Et la chanson est née. Il était 15 h, la musique est arrivée et mes amis sont partis. À 19 h, j’avais terminé, parce que les paroles attendaient déjà que la musique les porte. J’avais déjà écrit quelques lignes importantes de la chanson. Et puis, dans l’après-midi, la chanson s’est écrite.
— “Un cadeau formidable” : Francis Cabrel évoque son tube “Je l’aime à mourir” repris par Shakira
Fait curieux, Cabrel a confié au compositeur Luis Gómez Escolar l’écriture des paroles de la version espagnole, “La quiero a morir”, que Cabrel lui-même a publiée en 1980 et qui a été interprétée par de nombreux chanteurs hispanophones, de Raphael à Shakira.
En tout cas, vous pouvez écouter l’histoire et la chanson (en français !) dans la voix de María Félix elle-même ici :
Vidéos YouTube intégrées comme extraits pour illustrer l’article.
