Contexte
En 1985, Jean-Michel Jarre (sujet récurrent de ce blog) et Francis Dreyfus furent contactés par le directeur du Houston Grand Opera (vraisemblablement le maestro John DeMain) avec une proposition pour un concert célébrant le 150e anniversaire du Texas et de Houston, ainsi que le 25e anniversaire de la NASA. La NASA se joignit également à l’initiative et contacta Jarre (directement ou par l’intermédiaire de l’organisation de l’événement) afin d’intégrer son anniversaire au programme. Autrement dit, ce n’était pas uniquement une idée de Jarre ou du Houston Grand Opera ; l’agence spatiale demanda expressément que le concert inclue la commémoration de l’anniversaire du Lyndon B. Johnson Space Center à Houston.
Jarre hésita dans un premier temps, mais accepta après avoir visité la ville et avoir été impressionné par son panorama. L’événement eut lieu le 5 avril 1986 sous le titre « Rendez-vous Houston : A City in Concert », devant un public estimé à plus de 1,3 million de personnes, ce qui valut à Jarre l’une de ses nombreuses entrées dans le Livre Guinness des Records Mondiaux.
Ce fut le premier d’une série de méga-concerts de Jarre, connus sous le nom de « Villes en Concert », qui utilisèrent les immeubles de différentes villes comme toile de fond pour des projections sur des écrans géants, d’immenses feux d’artifice, des projecteurs et des rayons laser.
L’une des idées centrales du projet était que l’astronaute de la NASA Ron McNair réalise le premier enregistrement musical dans l’espace, à bord de la mission STS-51-L de la navette spatiale Challenger. Cette exécution devait être enregistrée et diffusée durant le concert sur l’écran géant placé au sommet du gratte-ciel Heritage Plaza dans le downtown de Houston.
L’album Rendez-vous de Jean-Michel Jarre fut composé spécifiquement pour ce projet, et comprenait une pièce avec le solo de Ron McNair. Il convient de noter que certaines de ses pièces des années 1970 furent reprises par Jarre pour cet album, avec des arrangements différents.
Après le décollage malheureux de la navette, le 28 janvier 1986, qui causa la mort de tout l’équipage, Jarre et Dreyfus envisagèrent tous deux d’annuler immédiatement le concert.
Cependant, l’astronaute Bruce McCandless II et la veuve de McNair elle-même téléphonèrent à Jarre pour lui demander que le projet continue en hommage à Ron et au reste de l’équipage disparu. C’est ainsi que les préparatifs continuèrent.
Personnel
Environ cent cinquante techniciens, français et américains, faisaient partie de l’équipe de production.
Outre Jarre, la liste des interprètes comprenait :
- Michel Geiss : claviers.
- Sylvain Durand : claviers.
- Dominique Perrier : claviers.
- Francis Rimbert : claviers.
- Pascal Lebourg : claviers.
- Jo Hammer : batterie.
- Dino Lumbroso : percussions.
- Kirk Whalum : saxophone soprano.
- Christine Durand : soprano.
- The High School for the Performing and Visual Arts : danse.
- The Singing Boys of Houston (93 chanteurs) : chœur.
- The High School for the Performing & Visual Arts (7 sopranos) : chœur.
D’autres noms ayant participé au projet :
- Francis Dreyfus, le manager de Jarre à l’époque et directeur de Disques Dreyfus, joua un rôle clé en tant que producteur exécutif et coordinateur général. Il apparaît dans les génériques du spécial télévisé et fut essentiel dans l’organisation, les négociations et la production française du projet.
- Mark Fisher fut le scénographe et concepteur de production de l’événement. Mark Fisher est l’un des noms les plus importants associés au concert : il était chargé de la conception générale de la mise en scène, de l’intégration du skyline de Houston comme « scène géante », et de la disposition des projections, des lumières et des éléments visuels. C’était un designer britannique très reconnu qui collabora à plusieurs méga-concerts de Jarre (Houston, Docklands, etc.) et travailla également avec Pink Floyd et d’autres artistes. Son travail à Houston fut essentiel pour transformer tout le centre-ville en spectacle audiovisuel.
- Harry Golemon, président de la Houston Festival Foundation, joua un rôle clé dans l’organisation de l’événement, qui faisait partie du Houston International Festival. Il était un architecte éminent de Houston (du cabinet Golemon & Rolfe) et était impliqué dans les activités civiques et culturelles de la ville.
- Joanne Adams, membre de l’équipe de la mairesse de Houston (Kathy Whitmire), coordonna la participation de la ville au concert. Dans des interviews ultérieures (comme dans le Houston Chronicle en 2018) elle se souvint des défis logistiques, des incertitudes météorologiques et de l’impact inattendu de l’événement, notamment comment les gens s’arrêtaient sur les autoroutes pour le regarder.
- Bob Giraldi réalisa la vidéo/le spécial télévisé du concert Rendez-vous Houston : A City in Concert (1986). Bob Giraldi est un réalisateur américain très connu dans les années 1980 pour ses clips musicaux et productions musicales. Parmi ses œuvres les plus célèbres figure l’iconique clip vidéo de « Beat It » de Michael Jackson (1983), qui fait partie de l’album Thriller et est l’une des vidéos les plus influentes de l’histoire de la pop.
Scène
La scène principale se trouvait devant l’hôtel Meridien, et l’événement transforma tout le downtown de Houston en une grande scène avec lasers, feux d’artifice et projections sur de multiples façades. Comme déjà mentionné, l’immeuble Heritage Plaza servit d’écran géant pour les projections du concert.
Problèmes
Au Texas, les feux d’artifice sont interdits, de sorte que l’équipe avait besoin d’un permis spécial pour les faire entrer dans l’État, ainsi que pour les transporter sous escorte armée. Pour respecter la réglementation, plus de 40 pompiers furent également déployés sur les toits d’où seraient tirés les feux, ainsi que dans sept immeubles voisins.
Avant le début du concert, il restait encore un obstacle à résoudre. Robert Clayton, chef du département des pompiers de Houston, avertit Francis Dreyfus que l’événement devait être suspendu en raison d’un changement de direction du vent, car il existait un risque que le public soit affecté par des débris pyrotechniques. En fin de compte, l’accord fut : « Voyons ce qui se passe ». Ce ne fut pas le seul obstacle.
Parmi d’autres problèmes, il y eut du matériel endommagé par la pluie ; des plaintes des riverains pour le bruit excessif durant les répétitions nocturnes, ce qui amena le département de police à infliger une amende à l’organisation ; et des plaintes du FBI parce que ses bureaux, qui se trouvaient dans un gratte-ciel proche de la scène, se retrouvaient sans électricité à cause des projecteurs géants. Sans compter le désastre du Challenger.
Setlist du concert :
- Ethnicolor (Part 1)
- Oxygène Part 1
- Oxygène Part 2
- Oxygène Part 4
- Équinoxe Part 7
- Souvenir of China (Souvenirs de Chine)
- Équinoxe Part 4
- Équinoxe Part 2
- Équinoxe Part 5
- Rendez-Vous 3 (avec le solo de harpe laser)
- Rendez-Vous 2
- Oxygène Part 5
- Last Rendez-Vous (Ron’s Piece)
- Rendez-Vous 4 (Quatrième Rendez-Vous)
- Rendez-Vous 4 (Encore)
Le concert, d’une durée de 80 à 90 minutes, était structuré en trois sections thématiques :
- Rural Space.
- Urban Space.
- Outer Space.
En guise de clôture du concert, Kirk Whalum, saxophoniste et ami de Ron McNair, interpréta ce qui serait désormais connu sous le nom de « Ron’s Piece », la dernière partie de l’album « Rendez-vous », en hommage à l’astronaute disparu.
Dans les médias
Une partie du concert figura sur l’album « Houston/Lyon : Cities in Concert », ainsi que dans un enregistrement VHS raccourci mélangeant documentaire et concert.
Anecdotes
Le clavier contrôleur circulaire utilisé durant le concert finit par être acquis et restauré par un fan espagnol.
Aujourd’hui, 5 avril 2026, on célèbre les 40 ans de ce magnifique événement.
Pour en savoir plus :
